La légende de Vituriga, la Reine Saule
Il y a très longtemps, avant que les hommes ne bâtissent les grandes villes de la vallée, les collines de Vituna étaient, dit-on, habitées par les femmes-saules, une race ancienne et rare qui vivait en harmonie avec les bois et les rivières. Elles ressemblaient aux femmes des autres peuples, mais leurs cheveux étaient faits de longues fibres végétales et leurs veines charriaient la sève plutôt que le sang. Elles pouvaient entendre les murmures des arbres et comprendre le langage des rivières.
Parmi elles vivait Vituriga, la Reine Saule. Elle veillait sur les collines, les bois et les cours d’eau, et les saules lui parlaient comme à l’une des leurs. À cette époque, leurs longues branches étaient animées et pouvaient se mouvoir à leur guise. Les saules accompagnaient les voyageurs, protégeaient les chemins et jouaient avec les enfants halfelins qui vivaient dans les collines.

Étymologie
Vituna (gaul) = saule
Riga (gaul) : reine
Vituriga avait une fille, Salicogene, qui devait un jour lui succéder. Mais une année, au cœur de l’été, les montagnes connurent de violentes pluies. Les eaux dévalèrent les pentes et un immense éboulement bloqua la rivière qui traversait les collines. L’eau s’accumula derrière la roche et menaça de submerger les villages de la vallée. Vituriga comprit que si le barrage de pierre cédait brutalement, la crue emporterait les villages et les bois sur son passage.
Elle se rendit alors seule au bord de la rivière. Là, elle planta ses pieds dans la terre et enfonça ses racines sous les pierres. Elle devint peu à peu aussi immobile qu’un arbre, tandis que ses racines s’étendaient sous le barrage et ouvraient lentement un nouveau chemin à l’eau.
La rivière retrouva son cours et les villages furent épargnés. Mais Vituriga ne put jamais se libérer de la terre. Son corps se transforma entièrement en un immense saule au bord de la rivière. Lorsque Salicogene arriva, sa mère n’était déjà plus là pour lui parler. On raconte que la jeune femme-saule resta trois jours et trois nuits auprès de l’arbre, attendant qu’une branche bouge ou qu’une voix lui réponde. Mais les saules, eux aussi, avaient cessé de parler.
Depuis ce jour, aucun saule des collines de Vituna n’a plus jamais prononcé un mot. Leurs longues branches, autrefois animées et toujours en mouvement, pendent désormais jusqu’au sol comme des bras fatigués. Et lorsque la pluie tombe sur leurs feuilles, les Halfelins disent que ce sont les larmes de Vituriga qui continuent de couler à travers ses enfants.
Salicogene, accablée par la perte de sa mère, ne prit jamais d’époux et n’eut jamais d’enfants. Elle devint ainsi la dernière femme-saule connue d’Alba. On raconte qu’elle passa le reste de sa vie à parcourir les collines, veillant sur les bois et les rivières comme sa mère l’avait fait avant elle. Son nom fut donné à la cité située à l’ouest des collines : Salicogene, alors qu’elle était encore un tout petit village Halfelin.
Aujourd’hui, la région est considérée comme le cœur du peuple halfelin d’Alba. Ceux qui y vivent recherchent avant tout une existence paisible et champêtre, loin de l’agitation des grandes cités et du commerce. Les collines sont parcourues de petites rivières et se trouvent entre deux grands fleuves, ce qui leur offre une abondance d’eau et des terres fertiles. De nombreux chênes y poussent, tandis que les vergers et les cultures de fruits et légumes occupent une grande partie des terres.
Pour beaucoup d’Halfelins, les collines de Vituna représentent bien plus qu’une simple région rurale : elles sont le refuge de leurs traditions et de leur manière de vivre.
